Des études à l’École de Sténographie Judiciaire du Québec au métier de sténographe sous-titreur, entretien avec Isabelle Goyette. - ESJQ - École de sténographie judiciaire du Québec

Des études à l’École de Sténographie Judiciaire du Québec au métier de sténographe sous-titreur, entretien avec Isabelle Goyette.

La sténographie offre diverses possibilités d’avenir. Même si cette méthode de prise de notes est très peu connue, les débouchées sont nombreux et la concurrence très faible, voire inexistante. Parmi les différentes perspectives professionnelles existe le métier de sous-titreur. Une personne parle, récite un texte, ou tout autre élément vocal, et le sténographe s’occupe de taper mot pour mot ce qui est dit. L’objectif est de permettre à des personnes sourdes et malentendantes de pouvoir profiter d’un contenu en direct avec d’autres personnes.

Nous avons interviewé une sténographe pour qu’elle nous parle de son parcours à l’ESJQ et de sa spécialité.

 

Q. Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

R. Isabelle Goyette, 38 ans, deux enfants, j’habite à Québec mais j’ai grandi sur la rive sud de Montréal.

J’ai étudié en journalisme (CGEP) en sortant des études secondaires. Le stage ne m’a pas plu, donc j’ai décidé de continuer à travailler dans une épicerie. Je cherchais une formation de coiffeur puis je suis tombé sur un article de journal qui faisait la promotion de l’école de sténographie qui venait d’ouvrir à cette époque.

J’ai été acceptée et j’ai fais ma formation sur les deux ans. J’ai passé l’examen avec succès pour devenir sténographe « officiel » et travailler dans le secteur juridique.

De fil en aiguille, je me suis mis à faire du sous titrage. Je fais donc maintenant les deux.

 

Q. Qu’est-ce qui vous a motivé à intégrer l’ESJQ ?

R. Ayant étudié en journalisme, j’aimais beaucoup écrire, le français, travailler avec les mots. Puis j’aimais aussi le juridique. J’avais déjà pensé à faire une formation dans ce secteur, donc je trouvais que les deux se mariaient très bien : l’écrit comme le juridique. Je suis une personne qui préfère travailler seule, ce métier y correspond entièrement. On est notre propre patron. Ce sont des aspects qui m’intéressaient beaucoup.

 

Q. Pendant cette formation, qu’est-ce qui vous a plu ?

R. C’est vraiment un défi personnel. On doit se pousser constamment car il est très difficile d’apprendre la sténographie. Il faut apprendre à taper à 200 mots par minute. On se retrouve confronter avec soi-même. Et c’est ce qui m’a beaucoup plu. J’ai appris à travailler sur moi, travailler ma discipline. C’était un peu comme se préparer à un concert. Il faut pratiquer tous jours. On ne peut pas arrêter. Même pendant les semaines de vacances, on nous déconseillait d’arrêter de pratiquer. J’ai aimé ce défi perpétuel, ce dépassement continuel de soi-même, et cette façon de jouer avec les mots.

 

Q. Vous travaillez également pour l’école de sténographie, quel est votre rôle ?

R. Je fais désormais partie du conseil d’administration de l’ESJQ, après y avoir enseigné pendant quelques années.

 

Q. Comment avez-vous découvert le métier de sous-titreur(se) ? En quoi ça consiste ?

R. Peu de temps avant de terminer ma formation, j’ai été contactée par une femme qui avait une utilisation différente de la sténographie : elle faisait de la prise en direct. Lorsqu’on frappe, la personne malentendante voit en direct ce qui est dit grâce à notre retranscription. Elle m’a approché car elle avait besoin de quelqu’un qui fasse ça au Québec pour les malentendants, et pour d’autres types de contrats similaires à cette spécialisation. C’est comme ça que j’ai été mise au courant de l’existence du sténographe sous-titreur. Il s’agit d’un métier très valorisant. On permet à des personnes malentendantes d’assister à des cours, des formations, et de comprendre ce qui est dit, ce que qu’il se passe. Sans nous, ils seraient complètement sourds et perdus.

 

Q. Sur quoi travaillez-vous en ce moment par exemple ?

R. Actuellement, nous sommes en démarche avec l’université Laval à Québec pour voir si le sous-titrage en direct peut devenir une solution pour les malentendants qui demandent un accompagnement.

On intervient aussi beaucoup sur des capsules. Ce sont des cours qui se donnent à distance par des experts. L’objectif est donc de les sous-titrer et voir si notre solution est viable à l’avenir.

Nous avons aussi des grosses conférences organisées par des syndicats. Ils recherchent de l’accessibilité pour tous sur leurs rapports annuels.

 

Q. Qu’est ce qui vous plait dans votre métier de sous-titreuse ?

R. Il s’agit d’un métier très valorisant. On aide des personnes à comprendre ce qui est dit et ce que qu’il se passe. Bien entendu, il y a aussi le langage des signes, mais il n’est pas connu par tous les malentendants. Ils apprécient donc énormément le discours écrit en temps réel. Un point qui motive particulièrement est le fait de devoir se dépasser continuellement. Il faut s’améliorer et se perfectionner. C’est souvent très difficile d’être exact dans ses mots pour faire en sorte que les gens comprennent les phrases correctement. C’est ce défi perpétuel que je recherche.

 

Q. Et à l’inverse, voyez-vous des inconvénients, des freins ?

R. Oui, il s’agit d’un métier très très stressant. C’est d’ailleurs peut-être ça qui fait que nous ne sommes peu nombreux. On n’a pas beaucoup de marge d’erreur. Il faut vraiment être on the point. Ce stress devient très envahissant, et il s’amplifie quand il s’agit de gros contrats. Pour moi, c’est un point que j’aime et qui me motive. La maitrise du stress se travaille, bien sûr, mais c’est aussi une des raisons pour laquelle tout le monde n’est pas fait pour devenir sténographe.

On a aussi des complexités technologiques. On nous demande régulièrement de sous-titrer à distance, dans des webinaires, mais les personnes ne comprennent pas toujours qu’on a besoin d’une qualité audio élevée pour fournir un bon travail. C’est aussi à cause de la méconnaissance du service que les personnes ne prennent pas la peine de penser à nos complexités. Même pour nos employeurs, la profession reste parfois un mystère pour eux…

 

Q. Que pourriez-vous conseiller aux deux promotions et aux futures promotions de l’ESJQ ?

R. La première chose, persévérez sur votre sténotype informatisé. Il y a plusieurs outils pour pratiquer la sténographie, mais la sténotypie est celle qui, je pense, permet d’aller le plus loin et vers le plus de métiers différents. Et ensuite, même s’il est parfois difficile de persévérer, accrochez-vous. Mettez-y le temps, les efforts, la passion, vous en êtes capables. Et la satisfaction à la fin est très grande. Votre effort vous est rendu.

Persévérez et accrochez-vous.

 

 

Isabelle Goyette, membre du conseil d’administration de l’ESJQ,

Sténographe juridique officielle et sous-titreuse.