Kassandra Lamontagne – Une jeune sténographe de Rimouski - ESJQ - École de sténographie judiciaire du Québec

Kassandra Lamontagne – Une jeune sténographe de Rimouski

Nous nous sommes entretenus avec la sténographe Kassandra Lamontagne sur son début de carrière. Visionnez la vidéo de son entrevue :

Je m’appelle Kassandra Lamontagne, j’ai vingtsix (26) ans, je suis sténographe judiciaire et je travaille à mon nom à Rimouski.

J’ai réussi mon examen en février cette année, donc en deux mille seize (2016) puis j’ai commencé vraiment, là, mai juin cette année.

Q. C’est quoi la marque de ta sténotype?

R. C’est la Luminex.

Q. Est-ce que tu considères que c’est un peu ta douce moitié en quelque sorte?

R. Oui, j’ai ma douce moitié à la maison et je pense que je passe plus de temps avec ma Luminex. Ça fait que si je suis à la maison, elle est tout le temps là, elle est toujours prête. Si j’écoute la télé, des fois elle est avec moi. C’est mon petit bijou, il ne faut pas qu’elle tombe, il ne faut pas qu’elle se fasse accrocher, il y a une petite place sur mon bureau puis personne ne s’approche. C’est sûr que moi, j’ai gardé ma machine d’étudiante pour backup justement pour me rassurer si jamais il arrive quelque chose, là.

Q. Tu tapes combien de mots clés par minute?

R. C’est aisément plus deux cents (200), là. Ça dépend des sujets aussi parce que tu sais, il y a des sujets que c’est plus facile, d’autre des fois, je ralentis un peu sur certains mots. Tu sais, mettons si c’est un sujet complexe, là, mettons des médecins, des termes de médicaments puis tout, c’est un peu plus complexe.

Q. Donc, un sujet que tu maîtriserais mieux, tu irais plus vite, en fait?

R. Ah, oui oui, c’est ça, deux cent vingt (220), deux cent vingtcinq (225). Mais vraiment aisée avec n’importe quel sujet, là, c’est deux cents (200).

Q. Est-ce que ton objectif, c’est comme un peu aux olympiques, c’est de te rendre à comme trois cents (300) mots minutes un jour?

R. Bien, pas nécessairement tant que ça, mais mon but c’est surtout de tout taper sans faire de faute, que mes accords soient bien faits, que mon texte soit comme parfait en tapant vite.

Q. Pourquoi est-ce que chez les sténographes la langue est si importante?

R. C’est vraiment complexe la langue française, ça fait que je trouve ça vraiment intéressant d’essayer de comprendre, tu sais, j’en apprends à chaque jour. Le texte français bien écrit est vraiment différent du texte parlé. Les phrases sont vraiment déconstruites, les anglicismes qu’on utilise, les mots québécois qu’on invente, ça fait que c’est sûr qu’à chaque jour, je réapprends des nouveaux mots. Il y a des jeunes qu’on se rend compte qu’ils ne font vraiment pas attention à leur français puis c’est quasiment impossible de taper ce qu’ils disent, c’est des : « genre, full, comme », des phrases pas construites.

Q. Il y a cette importance d’avoir un français parfait chez beaucoup de sténographes. Est-ce que tu peux m’expliquer d’où ça part selon toi?

R. Bien, c’est sûr que notre but, tu sais, c’est vraiment beaucoup plus facile à lire un texte qui est bien construit, ça fait que… puis c’est sûr qu’on ne veut pas remettre… quand on remet des travaux devant des juges puis des avocats, ça fait qu’on ne veut pas non plus… tu sais, on veut que ce soit un texte bien construit, que ça paraissent bien puis les décisions sont rendues sur internet aussi. Ça fait que, tu sais, on veut que ça paraisse bien, que ce soit des beaux textes bien construits et tout, là. C’est beaucoup plus difficile quand quelqu’un ne parle pas bien le français.

Q. Tu es dans le domaine de la justice, estce que tu écoutes quand même des films policiers?

R. Oui, films, séries, ça m’intéresse beaucoup. J’ai écouté Scandal, c’est du droit, mais un peu poussé, un peu pour le scandale, justement. Il y a Suits que j’aime beaucoup, Blue Bloods qui est plus policier, sinon il y a québécois, District 31 que j’aime vraiment beaucoup, c’est plus enquêteur, c’est moins droit. Il n’y a pas beaucoup de séries sur la sténographie, c’est plus les avocats.

Q. Tu travailles làdedans à tous les jours puis tu écoutes ça quand même le soir, il faut que ce soit passionnant quelque part?

R. Oui oui oui, oui.

Q. Est-ce que tu vois des menaces venant d’autres formes de transcription?

R. Oui, c’est un petit peu menaçant parce que ça nous amène à moins se déplacer. À moins se déplacer, mais en bout de ligne, il faut quand même… ils se rendent compte que c’est beaucoup plus efficace quand c’est une sténographe qui est là sur place.

Q. C’est pour ça que ça ne partira pas comme métier?

R. Bien, je ne penserais pas. C’est sûr que souvent, depuis que je suis à l’école, on entend souvent des rumeurs comme quoi : « Ah, bien là, les avocats ne veulent plus de sténo ». Mais tu sais, moi, depuis que je suis dans le milieu, je n’ai que des bons commentaires puis les avocats disent : « Hey, ça en prendrait vraiment plus, de sténos ». Puis tu sais, tu leur proposes mettons un enregistrement, « Non non non non, tu sais, on va déplacer l’interrogatoire, on aime mieux qu’il y ait une sténo vraiment sur place ».

Q. On entend souvent aussi parler du fait que les sténos ne sont pas respectés. Comment ça se passe pour toi dans le milieu judiciaire?

R. J’ai été surprise parce que justement je me faisais dire qu’on était comme une plante dans la salle, là, qu’ils ne s’occupaient pas trop de nous puis on est là par parure, mais j’ai été agréablement surprise de voir la réaction des avocats. Ils sont super gentils puis ils nous prennent comme si on était une collègue avocate, là, super respectueux. Ils font attention puis ils font le speech à notre place, là, pour que les témoins répondre verbalement puis ils interrompent souvent s’il y a quelque chose pour dire : « Ah, bien pour les fins de la sténographe ». Je trouve que j’ai de bonnes relations avec les procureurs, là, ils sont vraiment très très sympathiques. Je suis pas mal la seule dans la région, tu sais, peutêtre qu’ils savent qu’ils vont me revoir souvent.

Q. C’est quoi les qualités que ça prend pour être bon sténographe selon toi?

R. Il faut être à l’ordre et discipliné. Même si on a notre merveilleux diplôme du Barreau, il ne faut quand même pas lâcher la pratique parce que si, mettons, justement dans les vacances de Noël on décide de prendre un, peu importe, un mois de congé, bien, c’est sûr que veut veut pas, on est rouillé un petit peu après, ça fait que, tu sais, il ne faut pas lâcher la pratiquement. Puis justement de développer tout le temps des nouveaux mots, nouveaux vocabulaires puis il faut taper vite.

Q. Est-ce qu’il faut être calme puis pourquoi?

R. Oui puis non. Oui parce qu’il faut quand même être posé et à l’écoute pour ne rien manquer puis si on est sur le gros shake, bien, ça tape moins bien. Mais c’est sûr que quelqu’un d’hyperactif pourrait très bien faire ça quand même. C’est sûr que rester assis pendant huit heures (8 h) de temps, des fois, on a hâte que la pause arrive, ça prend de la concentration pour pouvoir tenir un sujet sans décrocher pendant huit heures (8 h), là, mais c’est rare quand même que j’ai des interrogatoires qui durent toute la journée. Mon plus gros, c’était deux (2) jours, mais sinon c’est souvent des petits cinq, six heures (5 h  6 h), là.

Q. Pourquoi estce que la sténographie est partie intégrante du système judiciaire?

R. Bien, je pense qu’on est un outil quand même assez important justement pour le suivi des documents, des procès. C’est comme des procédures qui sont tellement longues que les avocats ne se souviennent plus du tout de ce qu’ils se sont dit et tout, ça fait que quand ils arrivent dans un procès devant une juge, bien, leurs notes sont beaucoup plus claires ,ça fait que c’est plus facile pour tout le monde aussi à ce niveaulà. Ça fait que je pense qu’on est un outil, en fait, nécessaire pour le bon déroulement des procès, là, des dossiers en cour. On est un petit peu un outil pour garder le suivi dans le procès puis justement faire un rappel après ça des engagements, les pièces qui ont été déposées. Faire le suivi des pièces, tu sais, des fois les avocats ne savent pas qui garde quoi, ça fait que ça arrive que c’est moi qui garde les pièces puis après ça, je leur envoie leurs documents originaux et tout, là. Ça leur enlève un peu de travail, un peu de poids aussi sur leur suivi avec les autres avocats, là.

Q. D’où vient cet intérêt là pour le milieu judiciaire?

R. Bien, c’est un peu sorti de nulle part, en fait. Parce que j’étais au Cégep en communication puis je ne savais pas trop où je voulais m’en aller parce qu’il n’y avait pas vraiment de profil à l’Université à Québec qui m’intéressait à ce momentlà puis je n’avais pas envie d’aller à Montréal. J’ai pris une année sabbatique à me demander qu’estce que je voulais faire puis ma soeur, elle avait le journal du Barreau, ça fait que tu sais, des fois je regardais un petit peu puis à moment donné, elle m’a montré un article qui recherchait des sténographes. Ça fait que là, je me suis intéressée un peu au sujet, j’ai commencé à fouiner sur internet, savoir c’était quoi puis les cours, ça se donnait où. J’ai vu que ça se donnait à Montréal, mais par correspondance, ça fait que c’est là que j’ai commencé à m’intéresser un petit au métier.

Q. On s’entend que tu dois voir des choses croustillantes, là. C’est quoi la situation la plus bizarre que tu as vue?

R. « Bizarre », bien, c’est sûr qu’il y en a des fois qui décident qu’ils enlèvent leur dentier ou des choses comme ça en plein milieu du procès parce qu’ils décident de nous montrer la dent qu’ils ont de cassée. C’est sûr qu’il y a des situations assez spéciales, tu sais, comme là présentement, je suis en train de faire un procès qui est de meurtre et viol, ça fait que c’est un petit peu touché d’entende ce genre de chose. Ça fait que c’est sûr que quand un meurtrier décrit la façon qu’il a violée puis qu’il a tué une fille, bien, c’est sûr que c’est des sujets pas tout le temps faciles à entendre. Mais j’essaie de décrocher puis de m’imaginer que, tu sais, c’est un film justement que j’écoute. C’est sûr que ça devient intéressant parce que si je te dis, mettons, tu écoutes un film de quelqu’un qui est tombé dans la rue puis qu’il poursuit la ville puis un film que c’est une histoire que viol, de meurtre, qu’ils recherchent un meurtrier, bien, c’est sûr que c’est plus intéressant ça. Ça fait que c’est quand même un sujet assez particulier que j’ai eu qui est, en ce moment, je pense le plus gros procès que j’ai eu, mais que je trouve vraiment très intéressant.

Q. Est-ce que ça t’arrive d’avoir une opinion?

R. C’est sûr, oui, un peu des fois. Tu sais, moi, je suis portée à avoir des jugements vite, mais des fois je me surprends à juger à l’inverse de ce que je jurerais normalement. Mais c’est sûr que j’essaie de me retirer un petit peu, d’être impartiale, là. C’est sûr que quand je travaille, de toute façon, je suis tellement concentrée à taper vite que, tu sais, mon jugement, je ne juge pas au fur à mesure que quelqu’un dit quelque chose.

Q. Est-ce que tu penses que le fait de devoir t’asseoir devant une série puis de la retaper, c’est une façon de canaliser ça puis de vivre avec?

R. J’ai quand même un bon moral, je dirais que je ne suis pas facilement affectée par ce qui est dit en cour. C’est sûr que des fois, je trouve qu’il y en a que, tu sais, ça me brise quasiment le coeur de voir, mettons, une personne âgée, là, qui s’est retrouvée mal prise dans une situation puis là je me dis : « Pauvre petit pet, il n’a rien fait pour être là ». Puis ça me peine un peu pour eux d’être dans cette situationlà. Mais pas du côté, mettons, que tu sais, c’est de la haine contre quelqu’un puis que je veux décrocher, là, c’est vraiment plus que des fois je me dis… j’essaie de me mettre à leur place puis je suis un peu triste pour eux des fois, là.

Q. Oui, ils ne l’ont pas facile, oui. Est-ce que tu penses que les sténographes peuvent aussi être des alliés pour le domaine des médias?

R. Je connais une fille avec qui je faisais mes cours qui elle, elle est rendue… elle fait ça maintenant, mais je n’ai pas vraiment poussé làdessus. C’est sûr qu’au début je me demandais si ça pouvait être intéressant. Tu sais, c’est pratique que ce soit live ou peu importe, là, faire des soustitres, on tape assez vite pour pouvoir tout retranscrire ce qui est dit. C’est comme plus stable un petit peu parce que c’est un travail qui est comme plus à l’heure selon ce que j’ai compris puis qui n’est pas des contrats comme nous on a. Ça fait que c’est sûr que c’est un petit peu plus stable comme emploi.

Q. C’est quoi tes trucs pour quelqu’un qui débute?

R. Ne pas avoir peur de poser des questions, de demander de l’aide au besoin. Je pose des questions pour être sûre que c’est bien fait puis que tout le monde soit satisfait de mon travail. De pratiquer, c’est sûr, il n’y a rien d’autre que pratiquer pratiquer pratiquer. Puis justement d’être curieux, d’aller essayer de taper des sujets différents.

Q. Estce que tu sens une compétition?

R. Non, pas du tout.

Q. Non.

R. Peut-être que justement si je travaillais plus dans les villes plus en demande, mettons Montréal, Québec, mais pour l’instant, là, tu sais, je suis toute seule dans mon coin ça fait que… Puis, tu sais, on m’a approché pour me demander si j’avais des questions, si j’avais besoin d’aide et tout. Ça fait que les sténographes sont vraiment… n’importe qui, là, ils sont tous prêts tout le temps à t’aider. Puis ce n’est pas une compétition entre sténographes même si on veut tous les contrats puis qu’on travaille proche, là, c’est vraiment… il y a beaucoup d’entraide puis c’est vraiment le fun.

Q. Excellent. Bien, je te remercie beaucoup pour ton temps!

R. Merci, à vous aussi.

 

CE TEXTE A ÉTÉ TRANSCRIT PAR KASSANDRA LAMONTAGNE en 12 min 38 secondes !